Dans ma lutte boboche contre l'entrée de Vidéotron-le-câble-du-mal dans ma maison (enfin dans l'endroit que j'ai une chambre dans), contre l'invasion de Fox, ESPN et TLC, je ne recule devant rien. Une volonté de fer dans un slip en téflon. Mais l'ennemi est fourbe, et mes retranchements psychologiques sont entamés. Sévère. Je te raconte.

Fondu enchaîné. Fade.
Défade.

Je suis quelque part dans le Marrakech des années quatre vingt sept. C'était magique et insouciant, amour, soleil et palmiers. Mais il y avait bien un prix à payer, parceque le monsieur des karmas, il est boulet.

C'est une fête quelconque. Chez la grand-mère. Dans le salon marocain, pas moins de 254 membres de la famille, bien emballés, s'alignent comme dans une boîte d'After Eight. J'ai autant envie d'être là que de me faire retourner les ongles avec un sécateur rouillé. Ambiance l'enface c'est coul, des fois moins. En fond sonore, la télé hurle une insanité de feuilleton égyptien. La surdité est un prérequis pour regarder ce genre de choses.   
Et là, c'est le drame. De nulle part surgit une dame dans la jeune vieillesse, inconnue de mes services. Elle se dirige vers moi d'un pas tout à fait chalant. En tenue de combat.

Elle porte lastik.

Pour ceux qui n'ont pas le bonheur de connaître lastik, c'est un peu l'accessoire de combat, l'accessoire que Lara Croft elle aurait bien trouvé pratique, si elle avait porté des caftans.
Donc lastik comme son nom l'indique, est un élastique (imagine all the people) porté comme des bretelles de sac à dos, et qui sert à retenir les manches du caftan lors de toute activité belliqueuse, comme faire la cuisine ou la tourture de petites filles contre leur gré. Par application de henné obligé. En feuillages immondes sur les mains jusqu'au poignets. Et sur les pieds. Deux pour le prix d'un.

Munie de son lastik et de sa seringue, elle s'avance donc. Plonge la seringue dans un mélange importé directement du Bayou: verdâtre et malodorant. Remplit la seringue. Mais c'est qu'elle croit vraiment qu'elle va m'étaler sa mixture immonde sur la peau ou je rêve? Ben ouais mais non, la révolution c'est pas pour tout de suite, parcequ'il faut savoir que les méthodes didactiques de l'époque, c'était pas la parole au peuple (et le peuple, c'est moi) mais la parole à la nonna (et l'État, c'est elle).

Zoom out. J'ai donc subi une séance de torture sur fond de feuilleton égyptien, "bass kéda lih y habibi".
Alors lorsqu'il y a quelques jours en retrant j'entends en substance ce même dialogue, je me ravise. Déchirure espace temps? Que nenni non point. Je suis en présence de Colouc2, qui, merci le ouèbe, se mate tranquille des épisodes vieux de 20 ans de la télé égyptienne, parceque ça le tentait.

Je hurle, convulse et me réduit en poussières dans l'entrée.
Ok, m'en fous on prend le câble.
Ou alors tu t'achètes des écouteurs.